Monstre d’amour ?

L’homme peut-il aimer comme Dieu aime ?

Monstre d’amour ?

L’amour de Dieu est-il monstrueux ?

La formule peut choquer et mérite donc d’être posée. L’amour de Dieu ne connait pas de discriminations. Hommes, femmes, couleurs, espèces, l’amour de Dieu s’applique à tous et de manière infinie.

L’homme de religion aspire à vivre dans l’amour de Dieu et donc à pratiquer cet amour qui ne juge pas.christ

Mais si l’amour de Dieu est en harmonie avec Dieu, l’amour de Dieu est-il en harmonie avec l’homme ? Il y a déjà un zeste d’orgueil dans cette aspiration à pratiquer l’amour de Dieu. Il y a aussi une forme d’inhumanité. L’homme appartient à un écosystème et à une société et en plus il a une conscience. Cette situation lui donne des responsabilités individuelles et collectives.

Dès lors qu’un homme n’est pas à la hauteur de ces responsabilités, mérite-t-il cet amour non-discriminatoire ? Je ne le crois pas. Le respect oui, même si je suis très tenté de le nier, l’amour non. Dieu le peut, l’homme non, sauf à prétendre être Dieu. Et il me semble que c’est une aspiration que l’on rencontre parfois chez les religieux, cette volonté d’être un saint homme ou une sainte femme, un petit Dieu en quelque sorte. Je ne crois pas qu’un Dieu puisse attendre des hommes une telle imitation.

Est-il possible d’aimer un homme qui voudrait l’extinction d’une partie de l’humanité ? Oui si aimer est une idée, non si aimer est une réalité du quotidien. Tout au plus peut on avoir du respect ou de l’empathie.

C’est un leitmotiv dans ma pensée, l’homme appartient à un système qui se nomme société. Dés lors l’amour de Dieu lui est inaccessible sauf à renier cette appartenance à la société, à devenir une sorte de monstre, ni homme, ni Dieu. On a souvent reproché à Dieu d’aimer toutes ses créatures et de permettre dans le même temps qu’elles s’entretuent. Cela semble être une terrible injustice. De la part d’un homme ce serait une terrible irresponsabilité.

Mais dans le même temps, ce texte m’interpelle et m’invite à être moins catégorique :


- Est-ce si indécent de vouloir l’amour ?
- Oui. Je n’en veux pas de ton amour. Je préfère choisir qui m’en donne. Et à qui j’en donne. Domaine réservé.
- Tu as raison, Pilate. Que deviendrions-nous si nous nous aimions tous ? Penses-y, Pilate, que deviendrions-nous dans un monde d’amour ? Que deviendrait Pilate, préfet de Rome, qui doit sa place à la conquête, à la haine et au mépris des autres ? Que deviendrait Caïphe, le grand prêtre du Temple, qui t’achète sa charge à force de cadeaux et assoit son autorité sur la crainte qu’il inspire ? Y aurait-il encore des Juifs, des Grecs, des Romains dans un monde inspiré par l’amour ? Encore des puissants et des faibles, des riches et des pauvres, des hommes libres et des esclaves ? Tu as raison Pilate d’avoir si peur : l’amour serait la destruction de ton monde. Tu ne verras le royaume de l’amour que sur les cendres du tien.
Eric-Emmanuel SCHMITT ("L’évangile selon Pilate")

Ce serait aussi l’effondrement de mon monde. Oui décidément il faut aussi du courage pour aimer, pour être un monstre d’amour...

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